« Pause de midi, cinquième étage, vue sur la fac, vue sur les HLM où on vivra probablement plus tard, le parking dans lequel je n’aurais jamais une voiture à garer. J’ai séché une heure de cours. On devine la pluie qui luit sur le bitume. L’ipod shuffle greffé sous mon crâne joue Nothing left to say, de Jolin Tsai. Enfin, juste la mélodie, et le « there is nothing left to say » du refrain parce que moi, retenir le mandarin…

J’éprouve un certain plaisir à tenir mon bouclier. A bouffer des sandwichs mous, à m’élever contre le système, à réinventer le monde. A servir de mascotte, à jouer les bouffons, les ombres qui rampent sur le sol, les martyrs sacrifiés sur l’autel de l’amitié. Je me dis que c’est bien, que c’est amusant et rassérénant de ne pas générer d’attentes chez les autres. Le problème est moins mon manque d’efforts que mon manque d’envie de faire des efforts. J’aimerais bien sentir que les gens ont besoin de ma présence, qu’ils me donnent une raison de ne pas les détester.
J’en ai un peu marre des cours, c’est lent, désorganisé, et illogique. Je dis ça, mais en même temps, je suis un peu à la bourre, j’ai plusieurs textes de retard pour le cours de thème. Il faudrait que je les traduise, et que je les poste sur Lang-8.

Bref, je m’ennuie parce que les cours dans lesquels j’ai pris du retard vont trop lentement. Je cherche encore la logique de cette phrase.

Bref, mon problème c’est que je passe tellement de temps à écrire sur ma vie que je délaisse les cours, mais en même temps, si je travaille trop, je vais m’ennuyer encore plus, mais en même temps, si je n’écris plus assez sur moi, je vais m’effondrer comme une loque.

Bref, je veux PAS aller en cours de kanji, et même si j’y vais, je ne dirai RIEN là-dessus, à moins que la prof soit soudainement devenue compétente.

J’y suis allée, je ne dirai rien.

En cours d’exercices de grammaire, on s’est planqués au fond de la salle, et j’ai ouvert l’appli Facebook sur mon téléphone, quand même un peu caché derrière la trousse, au cas où la prof se téléporterait.

L’oral, c’était marrant. A un moment, alors qu’on s’exerçait à répéter les phrases de la prof, Avast l’anti-virus s’est manifesté, et instinctivement, la moitié de la classe a répété ce que la dame dans l’ordinateur disait. Même la prof s’est mise à rire. La semaine prochaine, il faudra que je passe à l’oral, non pas que j’y sois réellement obligée, mais ça fera monter ma moyenne. Je sais pas encore comment je vais présenter la chose, j’ai pas envie de lire bêtement les dialogues du cours, j’aimerais me la jouer cool et rebelle. Seulement, va te rebeller en Japonais, quand tu sais déjà pas le faire dans ta langue maternelle.

Demain, on a une heure de cours en moins, j’irai pas aux autres, seulement en Russe.

Ciao »

Ce programme a été initialement diffusé en petit comité dans les sous-terrains secrets de la fac **** le lundi 17 novembre de l’an L1 (2014 en calendrier international).