Est-il possible de créer un roman tellement intelligent qu’il arrive à s’écrire tout seul?

Non.

Dans ce cas, à quoi ça servait de mettre cette question en grand?

A faire philosophique. Générique !! ->

(Et bien sûr, vous devez regarder cette vidéo en entier. J’attends.)

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C’est bon vous pouvez arrêter, j’ai pitié de vous, et puis c’est pas pour ça que je vous ai convoqué sur cette page.

A la demande de la reine, j’ai pris en charge la création d’un prototype de machine à écrire automatique (MEA) qui, si elle fonctionne, permettrait de mener le projet à sa place. Je vais vous expliquer son fonctionnement: nous allons bien nous amuser!

machine à écrire

Ha bah voilà, une belle statue d’Alan Turing et on est immédiatement dans l’ambiance.


 

A partir de quelques idées lancées par l’utilisateur, la machine rassemble les romans déjà écrits sur le sujet, et isole celui a le meilleur rapport succès-originalité. Bref, une sorte de Twilight. Mais avec de l’originalité.

Cette étape de recherche est très importante, car elle va fournir le carburant nécessaire au fonctionnement de la machine.

A partir de cela, elle va créer une situation initiale, avec un bon personnage et une trame logique, c’est-à-dire les contraintes liées à la logique de l’environnement. Par exemple, dans le monde que nous connaissons, nous subissons de multiples contraintes telles que l’argent, ou nos limites physiques.Ou les manigances des Illuminati. (Un jour, j’arrêterai de parler des Illuminati dans chacun de mes articles)

Malheureusement, l’état actuel de mes connaissances ne me permet pas de créer une machine incollable sur n’importe quelle question d’ordre logique, par exemple, est-ce que la faim est une contrainte à part entière sachant que l’argent peut la combler. Néanmoins, je reste optimiste: il suffira que quelqu’un définisse précisément ce qu’est une contrainte dans ce cadre précis et le tour sera joué. Abordons donc ensemble l’étape 2.

 


 

Cela peut paraître surprenant à nous, humains lambda que la logique pousserait à écrire les choses dans l’ordre, mais voyez-vous, la logique des machines n’est pas la même: pour exécuter un travail, quel qu’il soit, il faut d’abord définir le cadre référentiel qu’il l’entoure.

Ici, afin d’éviter tout malentendu, la MEA proposera un point B pour compléter le point A de la première étape, ce qui permettra de tracer un segment fermé qui ne craindra pas les « hors-sujets ». Une fois que l’utilisateur aura validé la seconde proposition de point, qui sera présentée sous la forme événement E affectant la personne P provoquant ainsi la situation S, la machine pourra vraiment commencer à travailler en autonomie.


 

Puisque le « cerveau » d’une machine n’est pas forcé de penser de manière linéaire, elle suivra la progression qui lui semblera être la plus logique: un pas de gauche à droite (c’est-à-dire l’inverse de ce qui va suivre), un pas de droite à gauche (c’est à dire l’inverse de ce qui précède), puis à nouveau de gauche à droite, etc. Est-ce que c’est bien clair?

C’est vrai, on s’en fout, en fait!

Cependant, à ce stade-là, on n’est pas encore dans le spectacle, on est du côté des causes sous-terraines, c’est-à-dire de la logique sous-jacente, celle qui ne sautera pas forcément aux yeux du lecteur mais qui donnera sa cohérence au roman. (On n’aura qu’à appeler ça « la méthode taupe »)

Par exemple, si la situation de départ c’est un homme qui est largué par sa femme et qu’il devient éleveur de poulpes dans la situation finale, cette évolution trouvera sa propre logique grâce à la fonction générateur de facteurs externes inclue dans la MEA: elle pourra par exemple décider que c’est le contexte économique désastreux qui a poussé le personnage abandonné par sa femme et sa fortune à défricher de nouveaux secteurs d’emploi:

gauche [largué par sa femme, qui lui a pris tout son argent]

les poulpes étaient dans un état d’esprit propice à la domination par les hommes -> exploitation de poulpes

droite [fin]

L’étape 3, ici, c’est le texte invisible 😁

En gros, cette étape 3, c’est un peu la partie abstraite, conceptuelle, chiante et moralisatrice de l’écriture, alors si l’utilisateur veut faire passer un message subliminal, du style « le poulpe est l’avenir de l’homme », c’est le bon moment pour le signaler à la machine.

 


 

A ce stade, l’utilisateur pourra demander à la machine de lui montrer en images le fruit de ses recherches. Dans l’absolu, la MEA devrait être capable de générer des photos approximatives de l’environnement créé pour en montrer l’évolution théorique à partir des données produites, c’est-à-dire, pour rappel, la situation initiale, la tonalité des péripéties (héros sympas mais au destin tragique de manifestes engagés, ou adversaires un peu con-con de comédie familiale?) et la situation finale.

Mais ceci n’est qu’anecdotique, ce qui nous intéresse, c’est de donner à ce squelette un peu indigeste quoique plein de potentialité un corps approprié. En termes compréhensibles, la MEA doit, arrivée à cette étape, faire passer notre histoire du stade du enfermer les poulpes dans des cages minuscules c’est pas bien à regardons le héros botter les fesses des éleveurs concurrents qui ont des méthodes de travail cruelles pour les poulpes. Vous saisissez la nuance? A l’étape 3, on parlait bien d’implicite, alors qu’ici, on va parler d’explicite: ce qui était peut-être votre idéal de vie abstrait, et qui a pré-déterminé la couleur de votre écriture, vous allez en faire quelque chose de concret et divertissant.

Personnellement, j’ai donné un nom à chacune de ces petites péripéties participant du rythme de l’histoire et formant la partie visible de l’iceberg: des pop up, du nom de ces agaçantes fenêtres de pub qui semblent apparaître de manière totalement aléatoire et grotesque sur des pages internet, alors qu’elles répondent en fait à une stratégie commerciale chiante mais avec une certaine logique. C’est pourquoi, cette théorie en 4 étapes qui doit donner lieu à un algorithme fonctionnel pour faire marcher la MEA, je l’ai baptisée « la théorie pop up ».

 


 

Pas très clair tout ça? Prenons un exemple dans la vraie vie, imaginons que nous suivons discrètement un homme qui part de chez lui pour aller travailler. Si la maison, c’est la situation initiale, et le bureau, la situation finale, alors les pop-up de notre étape 4, ce sont toutes les choses qui se produiront sur le trajet maison-bureau et que nous pourrons objectivement observer (« et merde, il commence à pleuvoir »), et les données de l’étape 3, ce sont les facteurs externes que nous n’observons pas directement mais que, avec certaines connaissances, nous pouvons tenir pour responsables des péripéties (cf. les cours d’SVT niveau collège sur les phénomènes météorologiques). Evidemment, dans un roman, ce n’est pas aussi simple: s’il se met à pleuvoir, ce sera avant tout parce que l’utilisateur de la MEA aura choisi un certain climat pour son petit monde. D’où la complexité de la chose.

Pour conclure, voici un petit schéma qui, j’espère, vous convaincra du sérieux et de la pertinence de ce projet de machine à écrire automatisée.

Il est beau, il est frais, il sent bien le pâté mon joli ptit schéma fait maison.

Il est beau, il est frais, il sent bien le pâté mon joli ptit schéma fait maison.