Ce programme a été initialement diffusé en petit comité dans les sous-terrains secrets de la fac *** le mercredi 17 décembre de l’an L1 (2014 en calendrier international).

« De la pluie, putain, de la pluie à n’en plus finir sur le sol! Enfin c’est pas que j’ai été beaucoup mouillée, aujourd’hui, mais il a beaucoup plu pendant la nuit, et mon équilibre est si mauvais que la moindre dalle un peu luisante devient un sujet d’angoisse. Je vous laisse imaginer mon humeur quand la neige tombe, fond, et disparaît, mais qu’en fait si, elle est toujours là, prête à te faire chier.

9h30-11h examen de compréhension orale ben ouais les poissons-chats, faut pas croire qu’on fait que s’amuser, en fac de japonais, et en l’occurrence, aujourd’hui était bel et bien une journée tout ce qu’il y a de plus merdique. 9h, j’arrive devant la salle, je salue quelques filles, et, ho, tu sais pas quoi, les emplois du temps ont été affichés… je vais voir, je mitraille de photos la vitre du couloir des étudiants de langues, je suis évidemment dans le TD avec l’emploi du temps le plus pourri, mais c’est pas grave, parce qu’avec un peu de chance, je pourrai changer. Oh, et puis, au pire, c’est pas si pourri que ça, c’est juste la perspective de me lever tous les mardi à 5h30 (oui, bon, j’habite loin, aussi) qui me chatouille légèrement la susceptibilité. Je fais tomber toutes mes affaires à tour de rôle: manteau, portable, portefeuille, sandwich. J’essaie de m’expliquer maladroitement auprès de l’étudiante qui m’accompagne: « ah, heu, mais c’est normal, c’est juste pas mon jour… ». Je ne suis réveillée que depuis trois heures, mais peu importe, j’ai des dons de prémonition.

Je me presse contre la porte de l’amphi dans l’espoir d’être dans les premiers rangs, car la place peut faire toute la différence entre la réussite et l’échec d’un examen d’oral. Mais vas-y, vous me saoulez tous avec votre défaitisme et vos rires perçants… La foule est de plus en plus compacte, il est déjà 9h40 et on est toujours pas rentrés, j’ai chaud, j’aimerais bien que les autres arrêtent de masser mon sac à dos avec les sacs à main qui leur servent de cartable.

On est rentrés, on est placés, on transpire tous comme des porcs, les gouttières glougloutent quelque part dans les murs, on se salue et on se lance des blagues à vide avec des voix haut-perchées. Et merde, fichue bouteille d’eau qui tient pas en place devant moi, mais quelle idée aussi d’avoir légèrement incliné les tables, c’est aussi pertinent que de rehausser le bord des marches avec du caoutchouc sous prétexte que c’est une matière anti-dérapante. Ah oui, mais merde, ça aussi ils l’ont fait.

Voilà, donc l’examen commence, la prof nous bombarde de dialogues et de questions, ça suit toujours le même schéma: fichier audio – questions – fichier audio. Puis question suivante. Mine de rien, c’est ultra-perturbant: la toute première fois que j’ai passé un test de compréhension orale, j’ai manqué de concentration pendant la première écoute, résultat, quand la prof a lu les questions, je ne savais plus y répondre, et quand elle a repassé l’enregistrement audio, je ne savais plus les questions. Si ça c’est pas la preuve que les Japonais pensent à l’envers!

Le clou du spectacle, si je puis dire, c’était la partie « expression orale » de la chose. Accrochez-vous bien, les cocos, parce que pour la fac, expression orale = expression écrite. Soit exactement l’épreuve qu’on avait juste après. Nous avions 5 questions sur nos goûts et notre vie, 10 minutes pour y répondre, et, croyez-le ou non, ces dix minutes ont été les plus courtes de toute ma vie: j’ai eu le temps de répondre à une question et demi. Sachant que cette partie non orale compte pour la moitié de l’épreuve orale (la fac est allergique à toute forme de logique), je vous laisse deviner toute l’étendue de mon abattement en cette belle matinée grisâtre de mi-décembre.

11h-12h30 examen d’expression écrite il existe, je crois, une loi physique qui fait que tout corps soumis à des contraintes horaires ignorera forcément plus ou moins ces mêmes contraintes. Un peu comme mon ventre qui se fout royalement de passer ou non par-dessus la ceinture. Nous sommes sortis de la première épreuve à 10h45 (oui, bon, toute loi a ses exceptions), et nous avons entamé la seconde à 11h20. La ponctualité, on s’en fout, c’est bon pour les mauviettes. Bon, je me plains, mais en fait je m’en fiche, je suis sortie au bout d’une heure, ah ah. Je me suis rendue compte après-coup que j’ai écrit moins (voire BEAUCOUP moins) que les autres au sujet de mon week-end, mais c’est pas ma faute, c’est la faute à la loi machin qui fait que plus une journée est vide et contre-productive, plus il y a de choses à dire dessus. Moi, mon dernier week-end? Bah, j’ai bossé toute la journée. L’avant dernier? Idem. Et les autres gens, ils font quoi de leurs week-end? Heu… bah ils font leurs trucs « d’autres gens », quoi. Du coup, dans toutes mes rédactions, je finis par me plaindre de ma solitude chronique alors que j’en crèverais si j’avais la vision d’un autre être humain sous les yeux pendant plus d’une journée. Bon, on n’a qu’à dire que la joie, l’amour et les arcs-en-ciel, ça sera pour une autre rédaction, hein.

12h20-17h30 GRAND VIDE INTERSIDÉRAL pas le choix, j’ai dû rester à la fac  jusqu’au partiel de russe. J’en ferai sûrement le récit un autre jour, parce que conformément à la deuxième loi physique évoquée ci-dessus, plus une journée est vide…

17h30-17h35 je maudis copieusement le fonctionnaire qui m’a demandé par mail de me rendre à la salle B-machin pour passer mon examen, alors qu’il avait lieu dans la salle de cours habituelle.

17h35-19h30 examen de russe NOOOON, pas ces abominables copies officielles. J’ai l’impression de repasser mon bac, mais avec des en-têtes encore plus vides de sens. UFR d’origine? UFR actuelle? Numéro de la session? Mais WHAAAAAT? Pourquoi pour mon « contrôle continu » de russe je dois recopier ma carte d’identité et mon arbre généalogique sur un triangle penché alors que pour les « contrôles continus » de japonais on pouvait écrire au crayon de bois à même le sujet? Et puis, surtout, nom d’un communiste, POURQUOI EST-CE QUE LE RUSSE EST SI DIFFICILE?

Sérieux, je comprends rien à l’ordre des mots dans la phrase, des fois c’est le complément en premier, des fois c’est le sujet, et puis hop, des fois c’est le verbe, comme ça, juste pour rigoler. Donc, en résumé, l’examen, c’était un texte sur lequel il fallait formuler 10 questions et y répondre (ça a l’air de rien, mais passé les 3 classiques qui-quoi-où, quand vous avez si peu de ressources linguistiques que vous ne savez même pas traduire le verbe « avoir », ça devient franchement hardcore) du vocabulaire à traduire (dieu merci, j’ai eu la bonne idée de rentrer tous les mots du cours sur mon précieux logiciel Anki), des verbes à conjuguer (juste au présent de l’indicatif, faut pas déconner, non plus), des pronoms possessifs à décliner à toutes les sauces (« c’est le stylo au chien de la femme du voisin du manteau à Dédé »), et, cerise sur la déconfiture, des questions « personnelles » (dieu que je hais cette partie des épreuves de langues) qui m’ont fait regretté d’avoir 20 ans (fuck le comptage des dizaines en russe) et pas 19, comme c’était le cas pendant un an (le vieillissement est très inconstant). Test finalement torché avec style et rapidité. Je me suis barrée à 18h45.

Vive la liberté, et rendez-vous en 2015 pour de nouvelles épreuves d’INTERCULTURALITE (4h de rédaction en prévision, bitch, et j’ai encore rien appris), d’HISTOIRE du Japon, de GRAMMAIRE et de LINGUISTIQUE *meurt*. Je vous jure, si j’entends encore une seule fois que les étudiants en langues ont la belle vie, je fais bouffer à l’impudent mes 1500 et quelques fiches de révision.«