Porco Rosso (1992): un concentré de bonne humeur

Porco Rosso, le héros du film éponyme, est un ancien pilote de l’armée de l’air italienne qui, pour des raisons et dans des circonstances assez obscures, a été transformé en cochon.
La Première Guerre Mondiale achevée, il s’est reconverti en chasseur de primes, et, depuis, il passe ses journées à survoler l’Adriatique à bord d’un vieil hydravion rouge.
Mais son changement de carrière lui a valu de se faire des ennemis, notamment les Mamma Aiuto, des pirates de l’air, mais aussi l’armée italienne elle-même…

F*ck les enjeux…

Les enjeux, ici, n’impliquent pas la survie de l’humanité toute entière, mais seulement celle de notre héros, un pilote solitaire qui rejette le communautarisme systématique. Il s’agira donc pour lui de sauver sa propre peau, ce qui en soit nécessite déjà un effort considérable pour un indécrottable machiste tel que lui pour qui les seules personnes disposées à se battre sont des femmes…

Porco Rosso

C’est beau, l’amitié homme-femme ♥

Pour autant, les enjeux ne sont jamais dramatisés, et rien ne semble jamais irréparable. Malgré les dangers auxquels est confronté Porco (police fasciste, hydravions récalcitrants…), la désinvolture des personnages fait que l’on est simplement heureux d’être en leur compagnie.

…on veut du rire !

Les situations, tantôt oniriques, tantôt absurdes, nous font passer avec naturel de la mélancolie au rire.
Cela tient à ce que les personnages restent fidèles à eux-mêmes en toutes circonstances, ce qui les rend souvent inadaptés aux situations. (Le pirate de l’air qui se retrouve avec un bouquet de fleurs dans les mains en est un bon exemple.)

Le film joue aussi beaucoup de l’immaturité de ses personnages masculins supposés virils, mais qui se chamaillent comme des enfants malgré la gravité (relativisée, du coup) des situations.
Ici, ce sont Gina et Fio, les seuls personnages féminins à faire entendre leur voix, qui se chargent de réguler le chaos provoqué par les hommes et de remettre les enjeux narratifs au cœur de l’histoire.

Une esthétique soignée

L’ensemble du film semble avoir bénéficié d’un grand soin du début à la fin de la production, tant sur le plan de l’histoire que sur le plan de l’esthétique. Pour le coup, même le doublage français est au top, et la traduction des dialogues passe bien.

Les décors sont colorés, les personnages ont des looks assez reconnaissables et travaillés. Celui de Porco Rosso comporte quelques détails bien placés qui participent de l’identité du personnage.
La petite moustache, les lunettes noires, l’embonpoint, sont autant de détails qui créent une image décalée de « porc avec du style », pas si différente de celle des pirates humains, qui ont également des lunettes à la place des yeux et dont les nez épais n’ont rien à envier au groin de Porco.

Porco Rosso

SWAG DE PORC

Quant à la musique, elle est grave, rythmée, mais aussi avec une certaine douceur et participe activement de l’atmosphère rétro du film.

Un sentiment de déjà vu…

On peut pourtant soulever quelques points négatifs.
On peut par exemple reprocher le manque de réelle innovation par rapport à ce que Ghibli a déjà produit. Combats aériens et pirates-pas-si-méchants ont la part belle et font fortement penser aux premiers Ghibli (Nausicaa, Le château dans le ciel).
Il y a aussi la conclusion, très (trop?) ouverte, ce qui a tendance à m’irriter quand cela arrive, car je suis de ceux qui n’aiment pas que les intrigues ne soient pas proprement bouclées.

Ah oui, et, production Ghibli oblige, il y a matière à discuter sur le fond. Bien évidemment, ce n’est pas un défaut, bien au contraire. Seulement, la « morale », si je puis dire, me semble ici manquer un peu de punch.

Nous avons un Porco Rosso dilettante qui devrait, suivant la logique commune, réintégrer l’armée de l’air italienne, seulement, il ne tient pas à se frotter au fascisme montant des années 20, et refuse de renoncer à sa liberté de pensée.
Son nom lui-même, « le porc rouge », est un surnom que les fascistes italiens donnaient à leurs opposants, à l’origine communistes (d’où la couleur rouge). On ne saurait être plus explicite.

Ce n’est que mon avis personnel, mais pour moi, autant Isao Takahata excelle à développer ce genre de thématique en se basant sur un contexte historique précis (ce qui est notre cas ici), autant son camarade Hayao Miyazaki n’est jamais au mieux de sa forme que lorsqu’il travaille sur des thématiques hors du temps, qui lui permettent de laisser libre cours à son imagination débridée.

Son Porco Rosso a l’excellence de la forme, mais la menace concrète du fascisme ne colle pas bien avec l’onirisme que j’aime tant dans son œuvre.
Les enjeux ne m’ont pas transcendé comme c’était le cas avec un Château dans le ciel, par exemple.
(Mais là, pour le coup, il s’agit vraiment d’une appréciation personnelle: j’ai toujours tendance à préférer les fables intemporelles aux histoires ancrées dans l’espace et dans le temps.)