Avant le visionnage

Apparemment, Je peux entendre l’océan, ou Ocean Waves comme il se nomme à l’international, serait l’une des moins bonnes (voire la pire) productions Ghibli, tant au niveau de l’animation que du scénario ou de la musique, et ce n’est pas non plus un bref aperçu du scénario (une énième histoire de triangle amoureux, semble-t-il), l’absence de grands noms connus aux commandes (ce sont des quasi-débutants du studio qui ont géré le projet), ou encore la sortie confidentielle du film au Japon (et l’absence totale de notoriété en France) qui vont me rassurer.

Vous l’aurez compris, je ne me lance pas dans le visionnage de cet obscur rejeton des années 90 sans un certain nombre de doutes et d’aprioris négatifs, d’autant plus qu’il s’agit d’une romance d’adolescents, et que j’ai aussi peu d’appétence pour le genre qu’un enfant en aurait pour une assiette de choux de Bruxelles.

Ceci étant dit, afin d’éviter de transformer la review de Je peux entendre l’océan en stand de tir sur des ambulances, je m’efforcerai, dans la mesure du possible, de mettre l’accent sur les points positifs.

Je ne sais pas si j’aurai beaucoup de matière vu que le film dure à peine plus d’une heure, mais je tâcherai au moins de faire comme si j’étais un examinateur faisant passer les rattrapages du bac (ouais, les trucs prévus pour qu’on quitte le lycée même si on a pas le niveau).

Après le visionnage

Je peux entendre l’océan, donc, est construit autour du schéma du sempiternel triangle amoureux, qui s’apparente en réalité plus à un duo je-t-aime-moi-non-plus avec un troisième protagoniste posté en arrière-plan.

Les 2 personnages principaux (Muto, la fille manipulatrice, et Morisaki, le garçon caractériel mais un brin bonne poire) sont intéressants. Chacun à leur manière endosse le rôle du personnage de l’ado révolté: Muto en incarne le côté colérique et sentimentalement chaotique, tandis que Morisaki est davantage dans la douce fermeté, la mélancolie et l’introspection.
Morisaki, bien que déterminé et indépendant, a un caractère assez conciliant, ce qui en fait le jouet de l’imprévisible et colérique Muto, par ailleurs elle-même visiblement engagée dans un conflit assez ambigu avec ses parents.

"Umi ga kikoeru" (c) Ghibli Studio

Cet éclatement du cliché de l’ado révolté est le bienvenu, car il permet d’explorer des situations à la fois de conflits ouverts et de conflits latents, ce qui permet au trio amoureux de rester davantage dans le domaine de la gêne mutuelle et de l’interrogation que de la véritable concrétisation des relations.

"Umi ga kikoeru" (c) Ghibli Studio

Là réside à mon sens la principale qualité de ce film, qui, bien que légèrement bavard, a le mérite de laisser libre cours à l’interprétation du spectateur et de le faire s’interroger sur les véritables motivations des personnages, le tout dans une atmosphère estivale assez plaisante.

Malheureusement, ce film est également bourré de défauts qu’il est impossible de laisser passer, et, bien que d’autres critiques les aient déjà évoquées, j’aimerais revenir dessus.

La transition entre le passé (la période à laquelle se sont déroulés les faits exposés) et le présent (Morisaki devenu étudiant à Tokyo qui retourne à Kochi pour une sorte de réunion d’anciens élèves, si j’ai bien compris) est un peu brusque du fait de la courte durée du film: les personnages, pourtant devenus mortellement (ou peu s’en faut) ennemis à la fin des faits, semblent se pardonner tous leurs manquements de manière invraisemblablement rapide, sans aucune véritable transition psychologique et sans qu’aucune explication ne soit jamais donnée.

A mon humble avis, le film aurait sûrement gagné à se baser sur la période de temps qu’il a choisi de passer sous silence plutôt que d’enchaîner maladroitement l’avant et l’après.
Cet enchaînement est plus perturbant qu’autre chose, d’autant plus qu’il n’y a aucun repère temporel et que le design des personnages est réellement mal foutu: les physiques sont tellement simplifiés et passe-partout qu’on est tout simplement incapable de reconnaître qui est qui.

Cerise sur le gâteau, on se retrouve à la fin avec un happy end raté et complètement con qui souligne les invraisemblances du scénario qu’on avait essayé d’outrepasser et détruit le début d’émotion qui avait tenté de se frayer un passage tant bien que mal dans les flashbacks.

C’est triste, parce qu’à côté de ça, le triangle amoureux en lui-même aurait été pu donner une histoire sacrément belle, si seulement l’équipe en charge du projet avait su quoi en faire.
Au départ, elle semblait en effet pourtant bien parti pour donner quelque chose d’assez subtile, puisque comme je l’ai déjà plus ou moins évoqué, les sentiments sont seulement suggérés, jamais affirmés ouvertement (ou, s’ils le sont, c’est tardivement dans l’histoire).

Malheureusement, le personnage de Muto, la fille au cœur de l’intrigue sentimentale, n’est montré que sous son côté « sale garce », ce qui nuit gravement à la cohérence de l’histoire: en tant que spectateurs, il nous paraît tout à fait invraisemblable que ses 2 prétendants, pourtant bons amis, finissent par rompre les liens aussi brutalement pour l’amour d’une fille qui ne renvoie d’elle que narcissisme et méchanceté.

"Umi ga kikoeru" (c) Ghibli Studio

Et pourtant, ce n’est pas que ce personnage ait été creux et sans aucun potentiel: il y avait sans doute largement de quoi faire avec ce personnage isolé, mystérieux, hésitant entre l’ardeur au travail et la futilité de ses relations sentimentales laissées à Tokyo, en quête d’indépendance et de liberté de pensée

Malheureusement, aucune piste scénaristique n’est jamais exploitée, si bien qu’on finit par se retrouver avec une médiocre compilation de tranches de vie où, faute d’avoir quoique ce soit de consistant à se mettre sous la dent, on ne peut que se raccrocher à des lots de consolation: de jolis décors aux couleurs pastelles et une mignonne bande-son bercée par le chant des cigales qui a parfois des relents d’Animal Crossing.