Imaginez, un parc d’attraction qui ne serait composé que de trains fantômes et de maisons hantées. Vous arrivez dans le parc plein d’espoir, tout vous paraît très grand, y a des chemins qui partent dans tous les sens et des squelettes accrochés aux façades… Vous vous dites qu’une journée suffira jamais à explorer toutes les possibilités.

Et puis vous faites une attraction. C’est marrant, vous vous dites que ça commence bien, et puis vous faites une autre attraction, puis encore une autre, et une autre, tout en flânant sur les chemins entre deux… Et puis, finalement, le tour ayant été plus rapide que prévu, vous repartez juste à temps pour prendre le goûter chez mémé, le sourire aux lèvres, car même si tout vous a paru très faux, très « plastique », et pas toujours de bon goût, vous avez passé un bon moment, et vous savez que vous y repenserez avec nostalgie dans quelques années.

Bon, vous voyez le tableau ? Voilà, ben, en gros, Murdered: Soul Suspect, c’est ça: vous sentez  qu’on s’est donné du mal pour vous distraire au mieux avec du matériel basique, alors vous savourez l’expérience, tout en sachant que, bon, ça fera un bon souvenir, même si vous doutez que vous y reviendrez un jour.

Murdered, de quoi ça parle ?

Mais commençons par le commencement. Vous êtes Ronan, voyou reconverti en flic à Salem, dans le Massachusetts,  qui avez décidé de courir tout seul à la poursuite d’un serial killer présumé. Seulement, voilà: le bougre a une force incroyable et en un rien de temps, il vous a balancé par la fenêtre d’un immeuble, avant de vous tirer 7 fois dans la poitrine avec votre propre arme. Vu l’emplacement des impacts de balle, j’ai comme l’impression que le tueur a quelques lacunes en anatomie, mais bon, on va pas chipoter: vous mourrez et, faute de savoir qui vous a tué, vous restez coincé dans le monde des vivants sous l’apparence d’un spectre, avec comme cadeau souvenir les 7 trous de balle flamboyants (ce n’est PAS un jeu de mots douteux, peut-on ne pas s’arrêter là-dessus ?) dans le poumon droit. Parce que oui, dans Murdered, les fantômes ont l’apparence qu’ils ont à l’instant précis où ils trépassent. C’est pour ça qu’au cours du jeu, vous aurez le plaisir de parler avec un fantôme qui a un globe oculaire explosé par une balle et des traînées de sang sur la joue. Bon appétit.

Enfin bref, je m’égare. Toujours est-il que, si vous échouez à retrouver votre meurtrier, vous ne reverrez plus jamais votre chère tendre Julia, décédée avant vous et directement propulsée au paradis. Et ça, ben, ça vous branche pas trop. Il faut dire que Salem est probablement la pire ville au monde pour être un fantôme, car les murs extérieurs ont tous été soigneusement traités à coup d’eau bénite, si bien que vous ne pouvez entrer dans un bâtiment que si on vous ouvre gentiment la porte. Sans compter que les rues elles-mêmes sont encombrées d’objets fantômes que vous ne pouvez pas traverser, et que, apparemment, Salem est une ville fermée sur elle-même qu’on ne peut pas quitter. Non, franchement, je l’envie pas, le petit Ronan.

Revenons à nos fantômes. En tant que spectre, vous pouvez vous téléporter, hanter les gens afin de lire leurs pensées, suggérer une image mentale, voir à travers leurs yeux, ou simplement pour pouvoir traverser en sécurité les flaques de vomi de démons (démons qui m’ont bien fait chier, mais j’y reviendrai). A l’occasion, vous pourrez aussi hanter des chats pour grimper aux arbres ou passer par des conduits étroits, mais également toutes sortes d’objets: des imprimantes, des téléphones, des aspirateurs… Dommage que les personnages n’y réagissent que si c’est prévu dans le scénario, soit à peu près une ou deux fois dans l’ensemble du jeu. Du coup, vous pouvez vous introduire dans un appartement et éteindre la télé sans qu’aucune personne présente ne réagisse. Quand bien même il y a quelqu’un qui était en train de regarder les infos.

Concrètement, ces pouvoirs devront être combinés pour pouvoir accéder à diverses scènes de crimes, sur lesquelles vous devrez mettre vos talents de… collectionneurs d’objets cachés ? Oui, bon, ok, on a bien quelques phases de réflexion où vous devez sélectionner les indices les plus pertinents pour répondre à une consigne, m’enfin, franchement… Ce système ne fait qu’alourdir le processus de raisonnement de notre héros détective, déjà un peu long à la détente de base.

Parce que non, ne vous n’attendez pas à de grands et profonds twists scénaristiques: pour vous donner une idée, il faudra à notre Ronan préféré plusieurs heures avant de mettre à jour le lien entre les victimes. Lien qui est assez vite devenu évident pour le joueur, ne serait-ce que parce que le jeu se passe à SALEM, ville évidemment très connue pour ses temples bouddhistes et ses légendes de samourai. Je plaisante.

Enfin, quoiqu’il en soit, attendez-vous à rassembler beaucoup, BEAUCOUP d’objets, y compris les plus improbables, comme des chauffe-eau, des scies pleines de sang (et dans une église, en plus…) ou des mots de Julia laissés dans des endroits dans lesquels elle n’avait rien à faire, chez les victimes, par exemple. Si elle était pas déjà morte, Ronan devrait se poser quelques questions au sujet de sa dulcinée, parce que vous conviendrez que c’est un peu louche, quand même.

Au cours de vos pérégrinations, vous ferez la connaissance de Joy (aucun rapport avec moi) Foster, médium et fille de médium. Ado rebelle par excellence, elle est amenée à collaborer avec Ronan, avec qui elle forme un tandem dynamique et somme toute assez attachant, dans la mesure où on sent en permanence les fragilités de chacun sans qu’ils n’aient besoin d’épiloguer dessus pendant des heures. Tout ça en dépit du doublage français qui, bien qu’il soit acceptable du côté Ronan, côté Joy, c’est, heu… c’est vraiment une voix d’ado rebelle, quoi. Je sais pas, il y a un truc qui m’insupporte dans sa voix.

Bienvenue à la foire aux monstres

En guise d’introduction, j’ai largement développé la métaphore du parc d’attraction, parce que c’est exactement ce à quoi ce jeu me fait penser. J’entends par là qu’il y a des rues, étroites et balisées malgré l’illusion de profondeur créée par le foisonnement des graphismes, qui mènent toutes inévitablement aux bâtiments censés être « principaux » de la ville, chaque bâtiment donnant lieu à une enquête. Ainsi, vous aurez à visiter un immeuble rempli de suicidés et de pervers morts, un poste de police, une église, un hôpital psychiatrique, une maison abandonnée, un cimetière, et le célèbre musée des sorcières de la ville. Le tout de nuit, of course. Manque plus que laboratoire du savant fou de Human Centipede et le château de Bowser pour avoir une compilation des meilleurs endroits où passer ses vacances. Je plaisante.

Tous ces agréables lieux de vie sont hantés par des gentils spectres à la peau blanche et des spectres moins gentils à la peau orange (c’est sûrement raciste envers quelqu’un), que le jeu appelle simplement, si je me souviens bien, démons (tremblez devant l’originalité du folklore !). Démons qui manifestent leur présence par des espèces de sifflements de serpents super forts qui ont manqué de me donner une crise cardiaque à chaque fois que je les ais entendus. Démons qui n’ont rien de mieux à faire que d’enquiquiner le fantôme moyen pour lui dévorer son âme, quoi que ça veuille dire ici. Mais, ne vous inquiétez pas, car démons qui vous voient et vous entendent à peu près aussi bien qu’une mamie dans une rave party.

Et c’est tant mieux, parce que si par malheur vous vous faites repérer, vous aurez plus vite fait de « mourir » (c’est quand même le comble de l’ironie dans un jeu qui s’appelle Murdered) et recommencer au checkpoint que de semer ces maudis fantômes roux (les roux sont des créatures du diable, c’est bien connu). Pas question de courir pour leur échapper, car ces diablotins ont une fonction « aspirateur » intégrée qui vous garde à portée de main jusqu’à désintégration.

La seule solution, c’est de se cacher dans les traces laissées par d’autres fantômes (comment ils ont fait ça, et comment ça peut marcher, j’en sais rien), et d’en changer toutes les secondes jusqu’à ce que votre poursuivant en ait marre de fouiller les cachettes. Honnêtement, c’est pénible, surtout que, même si vous avez un bouton pour voir les ennemis à travers les obstacles, c’est hyper galère d’évaluer la distance à laquelle ils se trouvent, si bien que si vous n’êtes pas assez prudent, vous pourrez traverser un mur et vous retrouver nez à nez avec un alien. Du coup, l’enjeu ça deviendrait presque de savoir qui de vous ou de l’ordinateur va se lasser en premier de jouer à cache-cache.

Cela dit, les démons ont au moins un avantage: lorsqu’il faut les combattre au milieu des flics, ça donne lieu à des scènes tout à fait cocasses.

Une expérience intéressante

Je plaisante, je plaisante, mais je l’aime bien, moi, ce jeu, et ce malgré son horrible level design, qui nous donne l’illusion de jouer en permanence dans un labyrinthe où les murs peuvent être traversés (mais seulement aux bons endroits). Et le tout sans carte, évidemment. Dans un jeu où vous passez 80% de votre temps à chercher des objets. Sérieusement, une CARTE, c’était trop dur à faire ??

Pourtant, je vous assure que ce jeu a un bon fond.

Oui, bon, OKAY, le scénario est tout pourri, et le peu d’historique qu’il y a dedans… n’a rien d’historique, en fait.

Mais si, JE VOUS JURE que ce jeu est cool.

Ouais, même si la caméra saute à chaque traversée de mur, ce qui n’aide pas à se repérer dans l’espace.

Et vous savez pourquoi ? Parce qu’on joue un fantôme abandonné de tous mais déterminé, évoluant aux côtés des vivants dans un espace semblable au leur mais pourtant pas tout à fait confondu.

Parce qu’on se déplace dans une petite ville de la Nouvelle-Angleterre dans une nuit sombre ensanglantée par un tueur insaisissable, qu’on y espionne les mortels en toute discrétion, et qu’on peut même parfois les manipuler.

Malgré tous ses défauts de conception, Murdered a une identité, une atmosphère unique, et des personnages consistants, bien que malheureusement pas assez développés à mon goût, durée de vie rachitique oblige. Bref, Murdered est un peu comme un chaton difforme qui viendrait se frotter contre vos jambes pour quémander une caresse: c’est dur de pas remarquer qu’il est laid comme un pou, mais bon sang, il est tellement adorable qu’on veut bien quand même faire avec.