J’ai beau être assez technophile dans l’âme, jamais rien ni personne ne pourra me convaincre de renoncer aux livres papier, et surtout, aux romans papier. Je suis déjà trop dépendante de l’électricité pour les loisirs et les études, alors si en plus même la lecture nécessite de passer par une prise murale, en cas de blackout prolongé, je n’ai plus de plan B.

Nan, ça va pas ça, je peux faire mieux. Je recommence: je suis déjà trop dépendante des ECRANS pour les loisirs et les études. De manière générale, je crois qu’on l’est tous un peu trop. C’est tellement pratique, les écrans, je ne crois pas qu’il y ait de façon plus efficace de transmettre les informations à distance. Du coup, il y en a partout. Dans le métro, dans le supermarché, dans les salles obscures, dans ton… nope, je ne m’abaisserai pas à ça. De toute façon, on a compris l’idée, les écrans ont envahi nos vies, pour le meilleur et pour le pire. Tout ceci est devenu tellement banal. On peut, et du coup on veut, avoir toutes les informations souhaitées où qu’on soit et quelque soit le moment.

Alors, oui, c’est sûr, les liseuses, e-readers, et autres supports électroniques et applications dédiés à la lecture numérique, c’est vachement pratique, y a même plus besoin de se plier aux exigences d’horaires et de déplacement des magasins, c’est un sacré progrès !

Oui, mais non. Lire un « roman électronique » (ou, horreur, écouter un « roman audio »), c’est comme voir des photos d’un musée sur son portable et dire « ça y’est, j’ai fait le tour du Louvre ! ». L’idée générale est là, mais il y a 80% de l’expérience qui manque. Où sont le grain du papier, son odeur, la matérialité de l’objet entre les mains, le marque-page coloré, la sensation diffuse du temps qui passe en arrière-plan à mesure que le volume des pages se déporte à gauche ? Où sont ces heures d’oisivetés dans les bibliothèques et les librairies consacrées à lire les quatrièmes de couverture (et, pour moi, à me couper stupidement les doigts sur le bord des pages quand j’essaie d’extraire un candidat à l’emprise de ses petits compagnons de rayonnage – et cette parenthèse est vraiment beaucoup trop longue).

Un roman n’est pas un produit de consommation virtuel qu’on peut compresser et balancer sur des appareils électroniques quelque part entre la boîte mail encombrée de spams et les photos des dernières vacances en Corse. Un roman se désire, se laisse deviner, il a un corps et une présence dans l’espace qui ne peuvent pas être réduits aux caractères d’imprimerie. Lire un roman n’est pas un acte devant être optimisé à tout prix, c’est une pause dans la trame de nos vies justement trop souvent soumises aux impératifs « d’efficacité » et de « productivité ».

Il n’est évidemment pas question pour moi de jeter au bûcher ces malheureuses âmes perdues qui prennent leur dose de fiction sous d’autres formats, mais pour ma part, la lecture est une expérience aussi intellectuelle que sensuelle, et je ne suis pas prête à renoncer à mes gros pavés tueurs d’arbres. Même si je dois me trimballer des sacs aussi lourds que ceux d’un collégien chaque fois que je vais à la bibliothèque.