« Sans un adieu », le roman plein de gens beaux et riches

En guise d’introduction, l’auteur nous demande de reposer ce livre, le premier qu’il ait Ă©crit, si on n’a encore jamais rien lu de lui auparavant. Il se trouve que j’Ă©tais dans ce cas-lĂ . Est-ce que j’ai reposĂ© le livre ? Bien sĂ»r que non, sinon je n’en ferais pas une review. Est-ce que j’en tiens compte dans mon apprĂ©ciation gĂ©nĂ©rale ? Oui et… non. Bien sĂ»r, je ne peux qu’admirer la complexitĂ© de l’intrigue proportionnellement Ă  l’absence d’expĂ©rience de l’auteur, mais je dĂ©teste les critiques qui se laissent dĂ©mesurĂ©ment influencer par le contexte extĂ©rieur.

Bref, de quoi parle « Sans un adieu »? Au cas oĂč vous auriez zappĂ© l’intĂ©gralitĂ© des trouzemilles rĂ©sumĂ©s Ă©cumant le web dans tous les langues, voici un petit topo: David est riche, beau, cĂ©lĂšbre pour ses talents de basketteur, drĂŽle, il sait faire des blagues de beauf sans passer pour un gros naze, et, comble de bonheur, il s’enfuit dans la chaleur australienne avec sa jeune Ă©pouse, Laura, la plus belle femme du monde, tout aussi riche et pratiquement aussi cĂ©lĂšbre que lui. ProblĂšme: David, pourtant excellent nageur, est retrouvĂ© mort noyĂ©. Tout le monde semble penser qu’il a Ă©tĂ© victime des courants marins, mais Laura, inconsolable, et incapable d’admettre que son cher et tendre ait pu mourir d’une mort aussi conne, va se mettre Ă  jouer Ă  Barbie dĂ©tective, et, oh surprise, va s’attirer des ennuis.

Bon, dit comme ça, ça a l’air un peu nul, et d’ailleurs, les personnages se vautrent dans Ă  peu prĂšs tous les clichĂ©s censĂ©s aller de paire avec leur statut social et/ou leur historique personnel. Mais c’est sans compter sur l’auteur qui s’amuse page aprĂšs page Ă  ouvrir des pistes, en relancer d’autres, et Ă  attirer notre attention sur des indices essentiels, le tout pas toujours trĂšs subtilement, Ă  tel point qu’on l’imagine assez bien en train de pointer un paragraphe du doigt on nous disant: « hĂ©, regarde, regarde je te dis, j’ai mis ça lĂ  pour t’aider Ă  comprendre ! ».

Ça peut faire sourire, mais en mĂȘme temps, comme l’intrigue tient la route, que les personnages ont presque tous un rĂŽle Ă  jouer dans les Ă©vĂ©nements ayant conduit Ă  la disparition prĂ©maturĂ©e de David, mais que leur degrĂ© exact de culpabilitĂ© n’est dĂ©voilĂ© que tardivement, on finit par se sentir pousser une Ăąme de dĂ©tective, multipliant les thĂ©ories et guettant avidement le moindre Ă©lĂ©ment pouvant les confirmer ou les infirmer. Bref, je me suis sentie impliquĂ©e dans la progression de l’enquĂȘte, ce que je trouve extrĂȘmement apprĂ©ciable.

L’auteur Ă©tait-il payĂ© Ă  la page ??

Ce que j’aime un peu moins, c’est cette manie systĂ©matique de remettre Ă  plus tard les rĂ©vĂ©lations, quitte Ă  multiplier les « agents secrets », c’est-Ă -dire, utiliser le moins possible de noms et le plus possibles de pĂ©riphrases Ă  la con volontairement floues. Genre, « le tueur », par exemple. Seulement, autant cette technique passe dans la premiĂšre moitiĂ© du livre, autant quand la liste de suspects commence Ă  se rĂ©duire drastiquement, ça finit par devenir un peu ridicule et parfois mĂȘme carrĂ©ment artificiel.

De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, dans son « Sans un adieu », Harlan Coben donne l’impression d’avoir essayĂ© de viser un quota minimum de pages, mais que, voyant qu’il n’y aurait peut-ĂȘtre pas assez de matĂ©riau de base, il a mis un point d’honneur Ă  gagner du temps partout oĂč c’Ă©tait possible.

Sauf que ce n’est pas nĂ©cessairement une bonne idĂ©e d’Ă©tirer le suspens aussi loin que possible, et en l’occurrence, ici, cela dessert grandement le livre, car les complots et les machinations les plus perverses se retrouvent diluĂ©s dans un flot de considĂ©rations gnagnantesques et guimauves qui n’auraient pas fait tĂąche dans une comĂ©die romantique Ă  l’amĂ©ricaine (et dont on perçoit d’ailleurs un lĂ©ger avant-goĂ»t dans le titre français… quoique le titre original, « Play Dead », est un vrai spoiler Ă  lui tout seul… je sais pas qu’est-ce qui est mieux).

Le seul personnage vraiment intĂ©ressant est pour moi Stan, grand mĂ©chant narcissique et pervers de l’histoire, qui finit par dĂ©couvrir les limites de ses pouvoirs de manipulation. Les autres… que dire des autres ? Ils n’Ă©voluent pas, ce sont des marionnettes Ă  travers lesquelles l’auteur nous guide du dĂ©but Ă  la fin de l’histoire, point final. En fait, c’est un peu comme si Harlan Coben avait investi tellement d’Ă©nergie dans la crĂ©ation de personnages aux passĂ©s complexes qu’il avait eu peur de les perdre au moment de l’Ă©criture en les laissant prendre vie. Mais pour le coup, je suppose que je peux mettre ça sans complexe sur le dos de son immaturitĂ© d’Ă©crivain d’alors.