My Funny Sakura

Générateur de pensées créatives

Divergente – top 5 des problèmes avec le système des factions

Juin 20, 2018 | Si c'était à refaire... | 0 commentaires

(5) Théoriquement, n’importe qui pourrait faire le travail d’un Fraternel

Commençons par la faction des Gentils, la faction « peace and love »: les Fraternels. Leur truc à eux, c’est la paix. Un beau concept, sauf que si on en croit la dépiction utopique que Tris nous fait de sa ville au tout début de Divergente, il est déjà bien ancré dans la mentalité collective, ce qui revient à dire qu’au début de la série, tout le monde vit, dans une certaine mesure, selon l’idéologie des Fraternels (en même temps, pas besoin d’être un Fraternel pour se mettre d’accord le fait qu’une société où la violence s’exerce librement serait ingérable…).

Du coup, de mon point de vue, c’est un peu comme si une faction avait décidé de baser tout son mode de vie sur l’idée que l’esclavage, c’est mal, mais genre longtemps après son abolition. Ou alors sur la nécessité de boire de l’eau pour être en bonne santé. Bref, je vois pas l’intérêt: sur le plan idéologique, les Fraternels sont littéralement la cinquième roue du carrosse des factions…

Bon, donc laissons de côté l’aspect purement théorique, et disons que les Fraternels sont simplement conditionnés pour aimer VRAIMENT beaucoup la paix, plus que tout autre faction, au point que c’est la seule chose dans laquelle ils excellent. On pourrait s’attendre à ce que lorsque une faction décide d’initier une guerre civile, ils se disent:

« Chic alors ! Enfin un vrai boulot pour les gardiens de la paix ! A vos bannières, camarades, nous partons manifester ! ».

Sauf que si vous avez lu le tome 2 ou vu le deuxième film (ou si vous avez juste déjà entraperçu la fin de cette phrase), vous savez qu’ils n’en font rien. Car le problème c’est que, au fond, les Fraternels ne sont pas les défenseurs convaincus du pacifisme qu’on voudrait nous faire croire. Vous allez me dire, on pourrait adresser des critiques similaires aux autres factions, vu qu’elles ont été créées à la base pour perpétuer des modes de vie spécifiques plutôt que pour prêcher la suprématie de telle ou telle qualité sur les autres.

Le truc, c’est que si le pacifisme était réellement ce qui fait vibrer les Fraternels, ils ne pourraient tout simplement pas rester muets face à ce qui devrait être pour eux le pire des crimes, indépendamment du fait que la passivité soit l’un de leurs défauts naturels. Mais ils ne le font pas, parce que ce qui compte, à leurs yeux, ce n’est pas que le monde autour d’eux soit meilleur selon leurs critères de gentillesse et d’amour, de la même façon que les Erudits veulent en faire un monde meilleur conformément à leurs propres critères d’intelligence et de progrès scientifique. L’important pour eux, c’est qu’ils puissent préserver leur mode de vie, en clair, protéger la paix tangible (même si elle est illusoire et ne profite qu’à eux) au détriment de la paix durable et généralisée.

En soit, ça ne me choque pas plus que ça. Le souci, c’est que du coup, ça fait des Fraternels la seule faction qui ne met pas directement sa qualité maîtresse au service de la collectivité, comme le font par exemple ostensiblement les Altruistes (qui sont, pour rappel, la version grise et déprimante des Fraternels). Tel que je conçois les choses, lors de la création des factions, ça a dû se passer comme ça:

« Bon, les gars, on a casé tout le monde sauf les suicidaires et les hippies, et y a plus aucun quartier habitable dispo à Chicago. On fait quoi de ces gens-là ? »

« Ben, jsais pas, sois créatif un peu ! Les suicidaires, ils s’en fichent du confort, mets les dans n’importe lequel des quartiers délabrés, ça ira très bien. Et puis, ben, pour les hippies… t’as qu’à les laisser à l’extérieur de la ville. Je crois qu’il y a des arbres, là-bas, et ils aiment bien les arbres, les hippies, nan ? »

« Ah ouais pas con. Et pendant qu’on y est, on va les faire ramasser tout ce qui se mange, comme ça ça évitera le déplacement à ceux qui vivent en ville. »

Voilà, donc paix = bonheur = nature = homéopathie, régime végétarien, etc. C’est logique…

…ou pas.

Sérieusement, pourquoi vous vous exilez derrière la clôture alors qu’en ville, vous pourriez donner libre court à vos compétences en matière de relations humaines (par exemple, dans des fonctions de médiateurs…) ? Parce que tout ce qui s’apparente à un produit issu de la main de l’homme est forcément le mal incarné, alors que la nature n’est que paix, joie, et tranquillité ?

Je sais que c’est tentant de faire l’amalgame nature-bonheur (merci Jean-Jacques Rousseau), et que cette vision bucolique sied bien à la naïveté des Fraternels, mais ce ne sont pas eux qui ont créé la ville, que je sache, alors… pourquoi ? Mes connaissances en matière de travail de la terre ont beau être extrêmement limitées, je suis à peu près sûre qu’on peut cultiver au même endroit les pommes de terre ou les navets ET la misanthropie. A moins que, dans le futur, les légumes ne poussent que si on leur chante des chansons de Yannick Noah (la faute aux OGM ) ?

 

(4) les Audacieux n’ont pas leur place dans un monde où tout va bien

Si j’en crois les livres, les Audacieux ont trois fonctions principales:

  • surveiller la clôture
  • surveiller les rues de la ville
  • veiller au bon fonctionnement de leur propre QG (tatouages, mode, combats de coqs, ce genre de trucs)

Plutôt cool, non ? Sauf que quand on y réfléchit… ben, ça sert pas à grand-chose, en fait. Rappelons-nous le début de Divergente 1, en particulier le film, qui insiste lourdement dessus: le système des factions est parfaitement fonctionnel (ouais je sais, mais faites semblant d’y croire…), les gens savent où est leur place, etc, etc. Vu que le principe des factions répond effectivement aux besoins de tous ceux qui ne sont pas divergents (des convergents, donc ?), c’est-à-dire quelque chose comme 99% de la population, ça paraît assez logique.

Mais du coup, si tout baigne, et s’il n’y a même pas de dictature sanglante contre laquelle se rebeller, à quoi sert la police ?

Déjà, inutile de patrouiller dans les secteurs des Altruistes ou des Fraternels, vu que leurs idéologies leur interdisent de commettre des crimes (pratique, vous en conviendrez). Ensuite… les Sincères ? Certes, la dispute est élevée au rang d’art chez eux, mais de ce qu’on en sait, leurs conflits ne dépassent jamais le stade de la joute verbale, d’autant plus qu’ils sont, pour des raisons évidentes, incapables de duplicité, de mensonges ou de combines douteuses, tout en disposant d’un bon self-control (cf. le livre Divergente 2). Ce n’est donc pas chez les Sincères que les Audacieux vont avoir l’opportunité de démanteler des trafics d’armes ou de drogues (en fait, s’il y avait ce genre de trafic, ça se passerait sûrement chez les Audacieux eux-mêmes).

Restent les Erudits, qui auraient bien le profil de monter des affaires criminelles nécessitant des interventions armées, mais comme l’intrigue s’étalant sur les tomes 1 et 2 de Divergente l’a prouvé, les leaders Audacieux sont de toute façon des alliés de longue date de Jeanine, qui, de son côté, si elle est aussi intelligente qu’on le dit, doit éviter toute intervention pouvant fragiliser l’image irréprochable qu’elle veut donner des Erudits (dans le cadre, vous savez, de sa propagande anti-Altruiste et pro-Erudit). En clair, je suis à peu près sûre que même s’il y avait anguille sous roche chez les intellos, Jeanine laisserait filer, voire demanderait tout au plus une intervention discrète et rapide d’un Audacieux de confiance (Eric, par exemple) pour neutraliser un élément perturbateur.

Bref, j’ai beau réfléchir, je ne vois pas pourquoi la Chicago de Divergente aurait besoin d’une police permanente avec des effectifs aussi importants. Une poignée de vigiles attendant que quelque chose d’intéressant se passe, à la rigueur.

Il y a bien aussi les patrouilles près de la clôture, mais franchement, j’en vois encore moins l’utilité, vu que ça fait au moins plusieurs générations que tout ce qui est au delà du secteur fraternel est considéré comme mort (et, quand bien même les leaders seraient tous au courant de l’existence du Bureau du Bien-être Génétique, ils ne devraient pas être en mesure d’envoyer régulièrement des patrouilles en périphérie sans susciter des questionnements dans la ville, au moins chez ceux qui se servent de leur cerveau).

Ma conclusion: la ville n’a pas besoin d’autant de soldats et de flics, mais par contre, elle a certainement un grand besoin de main d’oeuvre. Du coup, plutôt que de se tourner les pouces derrière un écran de surveillance, les Audacieux devraient être en train de retaper les immeubles suspendus au bout d’une corde et conduire les trains (qu’ils sont de toute façon les seuls à utiliser).

 

(3) les Sincères sont sous-exploités

S’il y a bien une qualité qui peut être bénéfique à une société, c’est la sincérité absolue. Vous imaginez un monde de publicitaires ou de politiciens incapables de mentir ? Fini la corruption et la grosse criminalité, bonjour la transparence et la démocratie. Sauf que, évidemment, Divergente est une dystopie, et dans une dystopie, tout est toujours trop beau pour être vrai. Et quand en plus, la dystopie s’adresse aux ados, il y a de bonnes chances pour que le « trop beau » le soit si ostensiblement qu’on y croit pas.

En l’occurrence, pour que Divergente puisse se passer dans un monde dans lequel les gens comme vous et moi (aka les divergents) sont oppressés, il fallait évidemment que la faction de l’honnêteté et de l’intégrité soit reléguée en arrière-plan. Ben oui, ce serait un vrai casse-tête pour l’auteur si des personnages incapables de cacher la vérité se retrouvaient en possession d’informations destinées à n’être révélées qu’au troisième tome… Ce qui explique probablement pourquoi absolument TOUS les membres des Sincères travaillent dans un seul et unique domaine qui n’en demandait pourtant pas tant: celui de la loi.

Suis-je la seule à penser qu’une ville où 1/5 de la population exerce une fonction en rapport direct avec la justice (alors qu’il n’y a par ailleurs pas grand chose à juger, pour autant qu’on sache: je vous renvoie à mon laïus sur les Audacieux) a un sérieux problème ? En outre, les Sincères ont un « sérum de vérité » qu’ils utilisent allègrement pour faire avouer n’importe qui.

Un sérum, donc, qui peut transformer n’importe qui en Sincère sur une courte période de temps sans aucun effet secondaire.

Génial, non ? Mais alors du coup, s’il ne faut que quelques minutes pour faire cracher le morceau à quelqu’un, à quoi servent les Sincères, avec tous leurs tribunaux et leurs procédures judiciaires ? Que font-ils que leur sérum ne fait pas déjà ?

Selon moi, la place légitime des Sincères serait au gouvernement. Et oui, à la place des Altruistes. Ce qui m’amène à mon point suivant:
 

(2) les Altruistes ont trop de pouvoir

Définir le système politique d’un monde dystopique est un exercice pour le moins périlleux, car pour qu’on y croit, il doit être non seulement suffisamment flippant/déprimant pour nous donner la chair de poule, mais aussi (et je serais presque tantée de dire « surtout ») suffisamment rationnel pour donner l’illusion que ça pourrait arriver IRL.

Or, j’ai beau ne pas avoir fait d’études à Sciences Po, je n’arrive pas à me représenter un monde où on trouverait normal de confier le gros du pouvoir à des travailleurs sociaux dont l’initiation consiste, pour rappel, en un petit mois de travaux d’intérêt général. Les Altruistes portant un regard soupçonneux sur l’acquisition de nouveaux savoirs (cf. Caleb qui doit cacher ses livres de cours derrière un meuble… WTF ?), je doute que leur formation passe par, vous savez, l’apprentissage de l’histoire des gouvernements, de l’économie, ou des sciences sociales.

Autrement dit, les membres du gouvernement altruiste sont donc, selon toute probabilité, de braves gens dont l’éducation s’est arrêtée au niveau lycée, et qui ne font que traiter à l’aveuglette les éventuels problèmes au fur et à mesure qu’ils se présentent (évidemment, ça reste des conjectures, mais si je me base sur le peu d’infos qu’on a sur eux, c’est ce qui me paraît être le plus probable).

Ce qu’ils font en dépit du bon sens, d’ailleurs: honnêtement, quel gouvernement un tant soit peu sensé laisserait les Sans Factions sans surveillance sous prétexte que « c’est pas très très gentil », sachant que les Sans Factions sont en grande partie des Audacieux jetés de leur faction d’origine comme des malpropres et qui n’ont plus rien à perdre, donc tout à gagner à essayer de se rebeller ?

Je me permets d’insister là-dessus: ce sont non seulement des gens ayant les qualités ET les défauts des Audacieux (en gros, la courage et la cruauté…), mais en plus, ce sont des gens qui ont appris à se battre ET ont toutes les raisons du monde de vouloir anéantir le système des factions. Vu qu’en plus, la société leur demande d’accomplir diverses missions telles que la conduite de bus ou les travaux d’entretien (!??) pour une récompense de misère (un peu de nourriture et des vêtements), c’est un miracle que les Sans Factions n’aient jamais essayé de commettre un attentat suicide.

Mais le pire, c’est peut-être qu’à aucun moment dans la série l’auteur ne semble douter de la pertinence de cette organisation. Certes, le système des factions (et donc son gouvernement) est plus que malmené. Certes, Marcus est un horrible père et un horrible mari. Mais comme les seuls opposants au gouvernement altruiste sont traités comme des antagonistes, la logique de l’histoire veut qu’on n’y prête qu’une attention modérée.

Or, le fait est que, de base, une faction qui se méfie des signes d’intelligence et de réflexion personnelle n’est PAS une faction à qui on devrait confier le pouvoir. Gouverner en partant du principe que tout le monde est égal en toutes choses sauf pour le pouvoir (là, c’est uniquement sa propre faction qui doit prendre les décisions) et que trop de savoir est nuisible dégage des relents de totalitarisme qui, ironiquement, constituent peut-être le seul élément authentiquement dystopique (dans le sens orwellien du terme) de la série.

Bref: si ça n’avait tenu qu’à moi, les Altruistes seraient restés dans les rues à faire ce pour quoi ils sont formés, à savoir servir la soupe populaire et aider les vieilles dames à traverser.

 

(1) l’omniprésence des Erudits dans la société montre à quel point le système des factions est fondamentalement déséquilibré

Inclure une faction d’intellos parmi les 5 peut paraître une bonne idée: après tout, apprendre des choses et faire des recherches est un boulot à temps plein, non ? Oui, effectivement. Sauf que concrètement, je doute qu’un système où seulement 1/5 de la population peut faire des études (et où en plus, ce 1/5e forme un groupe cohérent avec ses propres intérêts à défendre) soit aussi harmonieux que Tris ne veut bien nous le faire croire.

C’est particulièrement évident avec les Fraternels, qui font de la médecine, mais seulement avec les plantes: le reste, c’est pour les Erudits, et puis aussi, la terre c’est leur spécialité, mais comme ils n’ont pas fait d’études, devinez qui leur fournit les graines, les plans de leurs infrastructures, etc… ? Voilà.

Autre exemple: le système de sécurité de la ville est sous contrôle des Audacieux (logique)… mais aussi… des Erudits. Pourquoi ? Et bien parce que sont eux qui l’ont conçu, évidemment ! Le seul domaine qui échappait à leur contrôle avant le début de Divergente 1 était… ouais, exactement: le gouvernement. Pour une stabilité sociale optimale, chaque faction devrait produire ses propres Erudits spécialisés, plutôt que de laisser tout un groupe accaparer les connaissances… Honnêtement, les Altruistes peuvent s’estimer chanceux que les Erudits soient restés silencieux aussi longtemps.

Ah, et puis aussi, tant qu’on y est, quitte à choisir entre deux leaders corrompus, je préférerais largement en avoir un qui réfléchit de façon logique plutôt qu’un hypocrite qui, au fond, se moque de la politique qu’il mène tant qu’il peut se maintenir au pouvoir.

 

En bonus: le problème Sans Factions

Le système des factions est basé sur l’idée que chaque personne a une qualité principale qui éclipse le reste de sa personnalité, et que cette qualité le prédestine à une certaine catégorie d’emploi. Sauf que, même si on admet que dans le monde de Divergente, les gens sont conditionnés à n’avoir effectivement qu’une seule grosse qualité, on ne peut que finir par se heurter aux limites d’un système naïf et simpliste, basé sur l’idée qu’un politicien n’a besoin que d’aimer son prochain pour bien gouverner, ou encore qu’un homme ou une femme de loi doit nécessairement trouver naturel dire la vérité en toutes circonstances pour pouvoir faire appliquer la loi (mince, la série « Murder » m’aurait donc menti ?).

Seulement voilà, pour qu’une telle organisation fonctionne, il faut que la très grande majorité de la population (en gros, tous ceux qui appartiennent à une faction) aie la possibilité d’exercer sa qualité au quotidien, dans un poste qui ne pourrait pas être occupé par quelqu’un d’une autre faction. Mais si tous les citoyens sont occupés à s’entraîner au maniement des armes ou à « lutter pour la vérité », qui reste-t-il pour accomplir les tâches qui ne dépendent d’aucun grand principe moral, comme fabriquer le matériel de labo, entretenir les véhicules, mettre la nourriture en conserve, ou réparer les fuites d’eau ?

Apparemment, tous ces trucs un peu fourre-tout reviennent aux Sans Factions. Ah. Ça voudrait donc dire que la société, qui entretient l’idée qu’être Sans Faction est une anomalie et un sort pire que la mort, ne pourrait pas fonctionner sans eux ?

Prendre de haut les gens qui font les boulots ingrats est une chose, baser toute une idéologie sur la haine du prolétariat en est une autre. Certes, Jeanine ne dit pas qu’elle veut éliminer tous les Sans Factions (encore heureux), mais au fond, son combat contre la divergence est bien un combat généralisé contre tout ce qui ne rentre pas dans les cases, donc d’une certaine façon contre les Sans Factions. Le truc, c’est que justement, dans son monde, les 5 cases disponibles ne suffisent pas (ou, du moins, elle ne devraient pas suffir) à contenir la diversité de métiers qui sont nécessaires au bon fonctionnement d’une société. Et c’est là, finalement, le nœud du problème avec le concept de départ de Divergente.

Quand on y réfléchit, la différence entre le groupe des Sans Factions et ceux des Factions est plus théorique qu’autre chose. Concrètement, les premiers fonctionnent exactement comme les seconds: ils ont un leader, des intérêts communs, et ils font divers boulots qui leur sont reviennent pour des raisons idéologiques. En fait, l’humilité qu’ils doivent développer à force d’exécuter de basses besognes pour une rémunération symbolique ne les rend pas si différents des Altruistes, dont la raison d’être est justement de faire ce qui serait trop pénible pour quiconque ayant un amour propre trop développé, et ce sans rien attendre en retour.

Du coup, je m’interroge: était-il vraiment judicieux d’institutionnaliser la haine des Sans Factions et de les exclure de la société ? A la rigueur, si les fondateurs du système voulaient vraiment avoir des parias à pointer du doigt, ils auraient pu mettre en place une procédure spéciale pour trier les Sans Factions, avec une initiation « de rattrapage » similaire à celle des Altruistes (qui est, après tout, considérée comme la plus facile à suivre) aboutissant à la mise à l’écart effective de quelques éléments vraiment irrécupérables.

A la rigueur, on aurait même pu faire des Sans Factions une sixième faction dépourvue d’idéologie spécifique: la ville disposerait de leurs services, mais on les traiterait en êtres humains, ce qui limiterait les risques de révoltes, d’autant plus si le risque à la clé en cas d’échec est de tomber encore plus bas dans la hiérarchie sociale (d’où l’utilité du maintien de quelques authentiques Sans Factions SDF). Bref, en faire une classe ouvrière qui n’aurait pas toutes les raisons du monde de haïr le système en place.

L’autre gros problème avec Divergente, c’est bien sûr l’omnipotence des Erudits, dont le champ d’action n’est limité que par l’étendue de leurs connaissances. En réalité, il s’agit d’une sorte de pendant du problème Sans Factions: de même que ces derniers font un peu tout ce qui est nécessaire à la société mais qui est considéré trop dégradant pour les « vrais » citoyens, les Erudits font tout ce qui est nécessaire à la société mais que les « vrais » citoyens en question sont trop cons pour faire eux-mêmes. En conséquence, les Erudits ont un droit de regard sur tout, et ainsi, exercent un pouvoir sur la ville qui dépasse de beaucoup celui qu’un groupe représentant moins d’un quart du total devrait posséder.

Autrement dit, la guerre civile qui se met en place dans le tome 1 et atteint son apogée dans le tome 2 était non seulement inévitable compte-tenu du système en place, mais en plus, elle était largement prévisible, et ce, dès la mise en place du dit système. Il était logique que les Sans Factions se rebellent un jour ou l’autre, pour les raisons que que j’ai énoncées plus haut, et il était tout aussi logique que les Erudits tentent de conquérir le seul domaine nécessitant de l’intelligence qu’on leur refusait pour de vagues motifs idéologiques.

Il faut bien le reconnaître, Veronica Roth avait planté avec brio dès les premières pages tous les germes des problèmes à venir dans les tomes suivants. L’ennui, c’est que ces germes sont de très grosses failles dans un système qui aurait dû s’effondrer aussitôt créé, le genre de failles qui aurait dû être prévues (et corrigées en conséquence) dès le début du projet de l’implantation de Chicago.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.